Avis de recherche ! à propos de l'aryanisation de biens juifs en Algérie

L’ARYANISATION ÉCONOMIQUE EN ALGÉRIE SOUS LE RÉGIME DE VICHY

RECHERCHE DE DOCUMENTS ET TÉMOIGNAGES

C’est par milliers, en Algérie aussi, qu’« en vue d’éliminer toute influence juive dans l’économie algérienne… » des biens et entreprises aussi divers que des propriétés foncières, immeubles, villas, minoteries, fabriques de pâtes alimentaires et de couscous, fonds de commerce, grands magasins, théâtres et cinémas, compagnies d’assurance ou encore commissionnaires en douane et transitaires firent l’objet de nominations d’administrateurs provisoires dûment répertoriées dans le Journal Officiel de l’Algérie. Dès le 23 octobre 1941, en l’espace d’un peu plus de dix mois, près de 3 000 nominations quadrillaient l’économie juive de la colonie. La grande majorité des villes étaient concernées : Alger, la capitale, en dénombraient plus de mille ; Oran, près de 500, Constantine au-delà de 200 ; des villes comme Bône, près de 150. Les faubourgs huppés d’Alger comme Saint-Eugène et El-Biar, respectivement entre 40 et 70 ; nominations similaires à Blida, Sétif ou Aïn-Beida.

En matière de gestion de biens juifs, certains administrateurs provisoires se retrouvèrent – une fois leurs légitimes propriétaires dépossédés –, à la tête de plusieurs dizaines d’entreprises et biens juifs. Incurie, irrégularités et conduite exorbitante caractérisèrent à maintes reprises leurs comportements. Des familles telles que les Aboulker, Achouche, Bakouche, Belaïche, Bendjo, Benichou, Bensaïd, Bensimon, Benyamine, Chebath, Cherki, Chiche, Chouraqui, Cohen, Dahan, Djian, El Baz, Guedj, Lellouch, Levi-Valensin, Médioni, Nakache, Safar, Stora, Tubiana et bien d’autres encore, furent à travers tout le pays, victimes de cette politique de spoliation.

Le débarquement allié puis le retour – quelque temps après –, à la légalité républicaine ne mirent pas immédiatement un terme aux difficultés de rétrocession et aux iniquités engendrées par cette politique. Les répercussions se firent sentir bien au-delà de la période considérée.

La connaissance de ces politiques de dépossession a fait un énorme pas en avant grâce à la mise en place des différents conseils, missions et commissions instaurés ces deux dernières décennies par la ville de Paris, le gouvernement, à l’initiative de certaines grandes villes, d’un état des lieux et d’une mise à jour des informations et des bilans consacrés à cette question de la spoliation. Je rappelle pour mémoire, le “Conseil du Patrimoine privé de la ville de Paris”, la “Mission d’étude sur la spoliation des Juifs de France” dite mission Mattéoli, du nom de son président, Jean Mattéoli ; les commissions d’enquête mises sur pied à l’initiative des villes de Lyon, de Grenoble, Bordeaux ou de Marseille. Si cette assertion est avérée pour ce qui est de la France métropolitaine elle l’est par contre beaucoup moins pour ce qui est de l’Algérie – alors trois départements français –, où les recherches sur cet aspect sont demeurées jusqu’à présent, à l’état embryonnaire. L’extrême indigence des sources – qui pour leur très grande majorité, demeurent encore dans les centres d’archives en Algérie –, en explique en partie la raison.

Consécutivement à ses travaux, la mission Mattéoli recommanda la mise en place d’une commission d’indemnisation, qui prit le nom de “Commission d’indemnisation des victimes de spoliations intervenues du fait des législations antisémites en vigueur pendant l’Occupation”, dite commission Drai. Cette Commission, la CIVS – selon son acronyme –, placée sous l’autorité du Premier ministre, doit contribuer à aider au recouvrement des préjudices subis par les victimes de cette politique de spoliation ou de pillage en cas d’indemnisation incomplète ou parcellaire, car précisions-le, cette indemnisation a été pour l’essentiel réglée par différents textes législatifs et réglementaires. La France métropolitaine, tout comme l’Algérie, entre dans le champ de compétence de l’institution ministérielle.

Dans le cadre d’un projet d’ouvrage consacré à l’aryanisation économique de biens juifs en Algérie, je recherche témoins ou descendants de ces derniers, ayant été victimes de cette politique de spoliation.

Merci de contacter : Jean LALOUM  Historien au CNRS