mise à jour le
2/5/2007.
Recherches généalogiques concernant les Juifs déportés de FranceLes recherches généalogiques concernant les Juifs déportés de France (c’est-à-dire non seulement les Juifs français, mais tous les Juifs étrangers qui, ayant choisi la France comme « terre d’asile », ont été arrêtés en France et déportés de France) se heurtent bien souvent à un manque d’informations, de très nombreuses familles ayant complètement disparu dans les camps nazis. Il existe heureusement plusieurs sources de renseignements qui, destinées à perpétuer leur mémoire et à leur redonner une identité, permettent en même temps aux généalogistes de retrouver leurs liens familiaux. Sommaire
: La loi du 15 mai 1985 À partir de 1945, lorsqu’il est apparu évident que nombre de déportés avaient «disparu», les familles ont été amenées à faire établir des certificats de disparition, qui ont été suivis, ensuite, de jugements déclaratifs de décès tenant lieu d’actes de décès, ne serait-ce que pour pouvoir justifier de la disparition des chefs de famille et percevoir les indemnités indispensables à leur survie. Arbitrairement et dans l’urgence, il fut décidé que le lieu de décès serait celui du camp d’internement où les futurs déportés avaient été détenus (Drancy, Pithiviers…) et la date indiquée fut celle du départ du convoi. De nombreux jugements déclaratifs de décès furent rédigés de cette manière. C’était, à l’évidence, une distorsion de l’Histoire, et les termes « mort à Drancy » ou « mort à Pithiviers », que l’on trouve toujours aujourd’hui sur certains actes de décès, ne représentaient absolument pas la vérité, puisque la plupart des déportés sont morts dans des camps nazis situés en pays étrangers, notamment en Pologne (Auschwitz). Certains se sont émus de cette situation, et une loi fut promulguée le 15 mai 1985 (quarante ans après la guerre…) destinée à rectifier ce non-sens. L’article premier de cette loi stipule : « La mention ‘Mort en déportation’ est portée sur l’acte de décès de toute personne de nationalité française, ou résidant en France ou sur un territoire antérieurement placé sous la souveraineté, le protectorat ou la tutelle de la France, qui, ayant fait l’objet d’un transfert dans une prison ou un camp visé par l’article L. 272 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre, y est décédée. La même mention est portée sur l’acte de décès si la personne a succombé à l’occasion du transfert. » L’article 3 précise : « Lorsqu’il est établi qu’une personne a fait partie d’un convoi de déportation sans qu’aucune nouvelle ait été reçue d’elle postérieurement à la date du départ de ce convoi, son décès est présumé survenu le cinquième jour suivant cette date, au lieu de destination du convoi. » Enfin, l’article 4 indique les modalités de ces rectifications : « Les actes de décès des personnes mentionnées à l’article 1er, même s’ils résultent d’un jugement déclaratif de décès, sont rectifiés dans les conditions prévues aux articles 5 et 6 sur décision du ministre chargé des anciens combattants lorsqu’ils indiquent un lieu ou une date de décès autres que ceux qui découlent des dispositions de l’article 3. » Il convient de préciser que cette loi concerne la totalité des déportés, quelle que soit la raison de leur déportation (déportation raciale, déportation des Résistants, des otages, etc.). À ce jour (septembre 2005), soit vingt ans après la promulgation de cette loi, (!) ces modifications des actes de décès ne sont pas terminées, ce qui est déjà discutable. Mais il y a plus grave. En effet, si l’on reprend les chiffres indiqués sur le site web de la « Fondation pour la Mémoire de la Déportation » (à ne pas confondre avec la Fondation pour la Mémoire de la Shoah), on recense :
Les arrêtés publiés à ce jour au Journal Officiel, depuis vingt ans, dans le cadre de la loi n° 85-528 du 15 mai 1985, et qui donnent la liste nominative des personnes concernées, avec leur date et lieu de naissance (en plus de la date et du lieu de décès) concernaient environ 48 000 personnes au 8 août 2003, chiffres communiqués par le Ministère de la Défense (6 arrêtés seulement ont été publiés depuis lors, ce qui ne modifie pas beaucoup l’ensemble de la question). On peut consulter ces arrêtés sur le site web du Journal Officiel, et sur deux autres sites qui en ont fait une compilation (incomplète à ce jour), comme indiqué plus loin. Ces chiffres sont inquiétants. En effet, cette loi ne s’applique qu’aux seuls déportés qui ont fait l’objet d’un jugement déclaratif de décès. Si bien que lorsque la famille n’a pas fait les démarches nécessaires à l’obtention de cet acte d’état civil, pour une raison ou pour une autre, et notamment lorsqu’elle a été totalement exterminée, il n’y a pas eu d’acte de décès, et ces déportés sont alors exclus de cette loi. Par ailleurs, la rédaction de ces arrêtés est faite en dépit du bon sens. Ainsi, les déportés juifs du convoi n° 73, partis de Drancy le 15 mai 1944, ont été dirigés vers les pays Baltes. Une partie du convoi est restée à Kaunas (Lituanie), l’autre partie est allée à Reval (aujourd’hui Tallinn, Estonie), et nul ne sait aujourd’hui lesquels sont morts en Lituanie, lesquels sont morts en Estonie (à quelques exceptions près). Sans se préoccuper aucunement de l’orthographe française de ces pays, les arrêtés concernant ces déportés indiquent tantôt : mort à Kaunas (Lithuanie), mort à Reval, voire Revel (Esthonie), mort à Kaunas/Reval (Esthonie/Lithuanie), etc. Parfois, les dates sont erronées. Parfois, le nom d’un déporté figure dans un convoi qui ne le concerne pas. Parfois encore, la famille a fait le nécessaire, mais la rectification n’a pas été publiée au Journal Officiel. D’ailleurs, on trouve quelques arrêtés consacrés à la rectification d’erreurs dans ces actes rectifiés… Cette loi précise en outre, dans son article 5, que ces rectifications doivent être portées sur les actes de décès. Cela concerne surtout les personnes nées en France, car il est très simple de s’adresser aux mairies concernées. Or, dans de très nombreux cas, la mention n’a jamais été portée. Par conséquent, aux yeux de la loi française, les déportés disparus sans acte de décès NE SONT PAS MORTS, et encore moins en déportation. On trouve d’ailleurs très peu d’enfants parmi ces actes de décès rectifiés, alors que nous savons que les 11 000 enfants juifs déportés ont tous disparu Ceci est valable pour les déportés juifs, mais également pour les autres. Or, on ne peut pas ignorer les autres catégories de déportés disparus. Par ailleurs, certains Juifs ont été arrêtés et déportés non pas en tant que Juifs, mais pour faits de résistance, comme otages, etc.
Le Journal Officiel Les actes de décès
rectifiés en application de la loi du 15 mai 1985 sont publiés
au Journal Officiel sous forme de listes nominatives. Le site du J.O
est Il faut préciser cependant que les erreurs dans ces listes sont légion !!! Tout d’abord, de très nombreux actes de décès n’ont pas été rectifiés, comme la loi en fait pourtant obligation, et l’on trouve souvent, par exemple, la mention : « décédé à Auschwitz (Allemagne) ». On trouve des erreurs de dates (exemple : un déporté est dit « décédé en 1913 ») et de lieu (certains déportés seraient décédés à une date et un lieu correspondant à un certain convoi, alors qu’en fait ils ont été déportés en un autre lieu, à une autre date, par un autre convoi, comme on peut le vérifier dans le « Mémorial » de S. Klarsfeld). Quelques « déportés », après l’arrêté diffusé par le ministère de la Défense, sont devenus des « déportées » parce que leur prénom, étranger, a mal été interprété. Enfin, il faut savoir que ces actes de décès et leurs rectifications sont très rarement retransmis aux mairies concernées (mairie de naissance et mairie du dernier lieu de résidence), si bien que les mentions ne sont pas reproduites en marge des actes d’état civil, comme la loi en fait pourtant obligation. Par conséquent, ceci est très important pour les généalogistes : si rien ne vient modifier la loi actuelle et surtout son champ d’application, il manquera toujours environ 60 000 actes de décès de déportés disparus dans les camps nazis (toutes déportations confondues). Il faudrait une levée de boucliers pour essayer de faire bouger l’administration concernée, afin que cette loi de 1985 soit enfin appliquée correctement, si possible avant que la génération des descendants directs de nos déportés ne soit complètement éteinte.
Sites web de Daniel Carouge, Patrick Cheylan et Eve Line Blum Daniel CAROUGE a regroupé tous les arrêtés dont il avait connaissance, soit 91 sur le site http://perso.wanadoo.fr/petit-chemin/Histoire/Accueil.htm . Ce fichier sous forme d’un tableau EXCEL (2,2 Mo) en format ZIP contient plus de 29 999 noms, plus 4 000 noms de jeune fille des épouses, classés par ordre alphabétique À partir
du travail de Daniel Carouge, Patrick Cheylan a réalisé
une base de données reprenant les mêmes informations, mais
le tri est fait par pays de naissance : A ce jour (novembre
2006), Daniel Carouge a cessé de compléter son fichier.
Eve Line Blum a effectué la mise à jour de ce tableau
en y ajoutant les six arrêtés ministériels de 2005
et 2006 (six arrêtés en deux ans, alors qu'il manque encore
entre 40 000 et 50 000 actes de décès...) et Daniel l'a
autorisée à le publier sur le site de son choix, afin
que puissent en profiter un maximum de personnes intéressées.
Le Mémorial de la Shoah (ex-CDJC) Une base de données
intéressante concernant les déportés juifs de
France, a été mise en service le 27 janvier 2005 par
le Mémorial de la Shoah, nouveau nom du CDJC : à partir
du site /http://www.memorial-cdjc.org/,ou
directement sur Cette base de données reprend essentiellement les informations rassemblées par Beate et Serge Klarsfeld dans le "Mémorial de la Déportation des Juifs de France" (Paris 1978). Il est important de noter que dans son état actuel la base accessible sur Internet comporte un grand nombre d’erreurs, dont beaucoup ont été corrigées dans la base du « centre de documentation » du Mémorial (accessible uniquement sur place). Malheureusement, beaucoup de ces erreurs subsistent dans la base de données « en ligne » et sur le Mur lui même : erreurs d’orthographe, erreurs de dates, et surtout absence du nom de certains déportés (parfois arrêtés sous un nom d’emprunt), et présence du nom de personnes qui n’ont pas été déportées pour des raisons diverses. Les
livres Tout le monde connaît cet ouvrage dans lequel Serge Klarsfeld a rassemblé la copie des listes originales établies par l’administration de Drancy avant le départ de chaque convoi, mentionnant pour chaque convoi les nom et prénom des déportés, ainsi que leur date et lieu de naissance. Dans le bulletin de juin 2005 de l’association des FFDJF, dont il est président, Serge Klarsfeld écrit ceci : « Le temps m’a manqué pour achever enfin cette nouvelle édition du Mémorial de la Déportation, si importante puisqu’elle corrigera de nombreuses fautes de l’édition de 1978, puisqu’elle comblera de nombreuses lacunes et puisqu’elle indiquera les adresses de presque toutes les victimes de la Shoah en France. Nous ne laisserons pas de côté non plus les morts dans les camps en France et les exécutés ou abattus sommairement. Je me consacrerai à l’achèvement de cette nouvelle édition pendant le 2e semestre 2005. » Selon des informations antérieures, cette nouvelle édition devrait également indiquer le nom de jeune fille des épouses. La Nouvelle édition du Mémorial de Serge Klarsfeld Attendue depuis longtemps, la nouvelle édition du "Mémorial de la Déportation des Juifs de France" commence à paraître.
Le tome 1 est disponible.
:. Pour en voir la couverture, cliquez
ici Dans cette nouvelle
édition du "Mémorial" de Serge Klarsfeld, il
indique pour chaque déporté : numéro du convoi,
nom, prénom, nom de jeune fille pour les épouses, âge,
date de naissance, lieu de naissance, adresse (rue et numéro),
adresse (ville), camp d'internement. Volume 1 : "Familles
du Vél d'Hiv", soit les convois N° 4, 5, 6, 13 à
16, 21 à 25. Le Livre-Mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression et dans certains cas par mesure de persécution 1940-1945 édité par la FMD (Fondation pour la Mémoire de la Déportation) La Fondation pour la Mémoire de la Déportation (F.M.D.) http://www.fmd.asso.fr/ (à ne pas confondre avec la Fondation pour la Mémoire de la Shoah http://www.fondationshoah.org/), a publié en 2004 Le livre-mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression et dans certains cas par mesure de persécution - 1940-1945. Cet ouvrage, très
attendu dans les milieux de la déportation, est totalement
indépendant du Mémorial de la Déportation des
Juifs de France, de Serge Klarsfeld, avec lequel il ne doit pas
être confondu, mais il le complète utilement. Il est
constitué de quatre volumes de la taille d’un petit dictionnaire,
de près de 1 500 pages (environ 2 kg) chacun. Un index alphabétique
permet de retrouver facilement le nom d’un déporté et
le numéro de son transport, puis de retrouver les informations
concernant chaque transport avec indication du parcours concentrationnaire
chaque fois que ce dernier a pu être retrouvé. Chaque page se
présente sous la forme d’un tableau indiquant pour chaque déporté
(dans l’ordre des colonnes) : le n° de matricule au camp (lorsqu’il
est connu), les nom, prénom, sexe, date de naissance, lieu
de naissance, nationalité, parcours complet, situation (décédé,
rentré, situation non connue), date de libération ou
de décès, lieu de libération ou de décès,
observations diverses Yad Vashem : les Feuillles de Témoignage (Daf Ed en hébreu) Yad Vashem, est une institution créée par l'Etat d'Israël en 1953. Depuis 1955, elle a recueilli des Feuilles de Témoignage en Israël et dans le monde entier pour sauver de l'oubli le souvenir des Juifs qui n'ont pas survécu. Les Feuilles de Témoignages (qui sont des sépultures symboliques) ont pour but de servir de commémoration éternelle pour les victimes de la Shoah. Les détails fournis procurent une identité à la victime, dont autrement le souvenir aurait été totalement effacé pour les générations à venir. Il s'agit d'une ultime tentative pour restituer aux victimes leur identité et leur dignité, que les nazis et leurs complices ont fait tant d'efforts pour anéantir. Ces Feuilles de Témoignage qui sont envoyées à Yad Vashem par les parents ou amis des disparus, contiennent des détails biographiques sur la victime. Des organisations et communautés juives, les synagogues et les volontaires ont participé aux campagnes pour recueillir des noms. Trente mille nouvelles Feuilles de Témoignage, environ, sont recueillies chaque année. Deux millions de noms environ ont été rassemblés depuis 1955. L’ensemble de ces Feuilles de Témoignages est consultable en ligne, sur le site de Yad Vashem, et l’on dispose de plusieurs entrées pour faire une recherche: nom, prénom, date et lieu de naissance, lieu de résidence pendant la guerre. On peut entrer sur le site de Yad Vashem http://names.yadvashem.org/ en cliquant sur le visage de l’enfant, ou directement sur la page de recherches. Les informations données dans ces Feuilles de Témoignages sont très intéressantes, et bien souvent aussi celles qui concernent le signataire de la feuille, avec son adresse la plupart du temps. Adresses utiles : Yad Vashem
: Comité
Français pour Yad Vashem Mémorial
de la Shoah (nouveau nom du CDJC) Fondation
pour la mémoire de la Shoah
Un ouvrage sur la déportation des Juifs de Lorraine
La couverture de cet ouvrage comporte une photo où figurent 25 internés d'Ecrouves. Seules deux personnes ont été pour l'instant identifiées sur cette photo. L'auteur lance un appel pour identifier les autres internés. Voir la photo. Morts pour la France et Déportés
Le
Camp de NATZWILLER-STRUTHOF
(ajouté le 1.9.2006) Il nous a été demandé plusieurs fois des informations concernant le camp de Natzwiller-Struthof, unique camp d'extermination implanté sur le territoire français, à une cinquantaine de kilomètres de Strasbourg. Le CRDP de Reims présente un dossier sur ce camp très bien réalisé : http://www.crdp-reims.fr/memoire/enseigner/Natzweiler_Struthof/01site.htm D'autre part, le site de généalogie juive internationale Jewishgen vient de mettre en ligne sur son site http://www.jewishgen.org/yizkor/Natzweiler/nat001.html un
document (en anglais) établi à partir de l'ouvrage "Die
Namen der Nummern" (Le nom des numéros), écrit
par un journaliste allemand, Hans-Joachim Lang, qui a passé plusieurs
années à identifier 86 victimes d'expérimentation
qui furent retrouvées dans ce camp (où sont morts des
milliers de déportés) à la fin de la guerre, à
partir du numéro d'immatriculation tatoué sur leur bras,
et il a écrit leur histoire personnelle. La liste des
86 victimes figure sur ce site. Il s'agit surtout de victimes
d'origine grecque, mais d'autres pays également, dont un Français.
Le site de Jewishgen donne un lien vers le site du livre "Die
Namen der Nummern" où l'on peut consulter la biographie
des 86 victimes (en allemand) : http://www.Die-Namen-der-Nummern.de/ Le Convoi n°50 de Drancy à Maïdanek (ajouté 28.4.2007) Notre adhérent
Ernest Kallmann a reçu et exploité des documents inédits
concernant la préparation du convoi de représailles
n° 50 parti le 4 mars 1943 de Drancy pour Maidanek.
Leur contenu, dépouillé avec l’aide de bénévoles
de notre Cercle, a conduit à une étude qui apporte des
informations supplémentaires à ceux qui s’intéressent
aux tribulations des juifs étrangers en France pendant la guerre.
Le
résultat de cette étude est accessible sur le site «
Un exil ordinaire » dédié aux camps français
d’internement de 1939 à 1945 à l'adresse Cliquez
ici |