mise à jour le
1/10/2008.
LES NOMS JUIFS
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| Avant-Propos |
Pour
commencer, nous croyons devoir reprendre le paragraphe qui figure dans
la Rubrique "Questions-Réponses" :
Beaucoup d'internautes nous demandent si
tel ou tel nom est juif. En règle générale, cette
question n'a pas de réponse car le même nom peut être
porté par des Juifs ou des non-Juifs. Il y a toutefois des noms
souvent portés par des Juifs et des noms rarement portés
par des Juifs. La seule méthode sérieuse consiste à
reconstituer son arbre généalogique jusqu'à obtenir
des documents indiscutables. Nous pourrons vous aider à le faire
si vous adhérez au CGJ
Ce paragraphe demande quelques nuances et précisions. Certains
noms peuvent être considérés comme juifs avec une
quasi-certitude. Ce sont essentiellement COHEN
et LEVY et leurs variantes.
On sait que les Cohanim étaient les prêtres et que cette
fonction se transmettait à la descendance mâle. Comme l'hébreu
ne note pas les voyelles, chaque pays, chaque région a créé
sa forme particulière de ce nom de famille. On trouve en France
des COHEN, des CAHEN, CAEN, CAIN, mais aussi des COHN, KOHN, KAHN, KANN,
KAHANE. En Russie, comme le H se prononce G, on trouve des KAGAN (et bien
sûr le dérivé KAGANOVITCH) d'où des KOGAN et
des COGAN. Dans certains cas, y compris en Alsace, Cohen ou Kahn a été
remplacé par Katz., acronyme de Kohen tsedek, "prêtre
de justice"
Pour les LEVY ou LEVI, on sait qu'il s'agit des serviteurs des prêtres,
mais ce nom n'existe pas dans tous les pays d'une manière aussi
répandue que les COHEN et il y a des pays (comme la Tunisie) où
ce nom est rare. Dans un article récent de notre revue (Revue du
CGJ, n° 76, Octobre 2003, p.8), on montre qu'il y a une famille MICHEL-LEVY,
dans un village du Haut-Jura, famille catholique depuis au moins 4 siècles.
Son nom proviendrait d'un sobriquet. Cette amusante exception ne doit
pas faire illusion, LEVY est bien un nom juif. Dans certains pays germaniques,
il est parfois écrit LOEWY ou LÖWY, encore qu'on puisse se
demander s'il ne s'agit pas d'une variante de LOEWE (=Lion). Enfin, une
des hypothèses, parmi d'autres, sur l'origine du nom WEIL est qu'il
est l'anagramme de LEVI. Notez que LEVI est parfois remplacé par
SEGAL qui est l'abréviation de segan levijeh = prince
des lévites.
A l' opposé du spectre des noms, on trouve ceux
qui sont très courants parmi les non-juifs et existent quand même
chez les juifs. Les exemples sont nombreux:
dans les pays de langue germanique, on trouve beaucoup de SCHWARZ, WEISS, GROSS, KLEIN, ROTH qui sont l'équivalent de Lenoir, Leblanc, Legrand, Lepetit ou Leroux. Une faible proportion de ces noms y sont portés par des Juifs. Mais comme les Juifs émigrent beaucoup plus souvent, la probabilité que ces noms soient portés par des Juifs en France est beaucoup plus grande, sans qu'on puisse en dire plus.
en Espagne et au Portugal, les noms comme RODRIGUEZ (Espagne) ou RODRIGUES (Portugal) ou bien LOPEZ et LOPES sont très courants. Lorsqu'au XVe Siècle, les juifs de ces pays ont eu le choix entre l'émigration et le baptême, ceux qui ont choisi le baptême ont pris des noms espagnols ou portugais, peut-être même le nom de leur parrain. Après des décennies de crypto-judaïsme (le marranisme), ceux qui ont pu afficher à nouveau leur judaïsme dans un nouveau pays ont bien souvent gardé ces noms-là.
en Afrique du Nord, beaucoup de juifs portent des noms arabes ou berbères. Pour les noms berbères, il est difficile de savoir s'il s'agit de tribus berbères qui ont été judaïsées il y a 15 siècles au moins ou s'il s'agit de juifs établis en pays berbère qui ont pris des noms locaux, parfois en traduisant leur nom hébreu. Pour les noms arabes, il y a clairement eu arabisation de noms juifs. Par exemple, des juifs comme des musulmans s'appellent AMAR, CHEMLA ou KALIFA.
en France, nous connaissons des DREYFUS qui ont changé leur nom en DUMAS ou DUPUIS, pour éviter la malveillance que provoque parfois le nom de Dreyfus. Malgré cela, la quasi-totalité des DUMAS ou des DUPUIS sont des non-juifs. Pendant la période noire de l'occupation, beaucoup de Juifs ont pris des faux noms pour échapper à la Gestapo; après la libération, certains d'entre eux ont conservé leurs noms de guerre.D'autres noms courants comme LAMBERT, PICARD ou BERNARD sont aussi portés par des Juifs. LAMBERT est apparu à Metz au XVIIIe siècle. PICARD est une francisation de BICKERT et n'a, dans ce cas, aucun rapport avec la Picardie. Quant à BERNARD, c'est une francisation de BERR ou BAER, le nom de l'ours, dont nous parlerons plus loin.
Citons encore les MILLER (=meunier) aux Etats-Unis, les noms polonais comme MALY (petit), KRAKOWSKI (de Krakow), des noms portés par des nazis comme ROSENBERG etc...Tous ces noms se rencontrent chez les juifs mais sont bien plus fréquents chez les non-juifs.
Penchons nous maintenant sur les noms plus spécifiquement juifs.
| Les Noms Patronymiques |
Pendant très longtemps, en dehors des Cohen et des Lévy, les Juifs ne portaient pas de noms de famille et se désignaient par le prénom de leur père et éventuellement de leur grand-père, dans le style Moïse fils d'Abraham fils de Moïse.
| A propos de prénoms, cliquez ici pour un tableau de Peter STEIN sur les équivalences entre prénoms juifs et ici pour les commentaires sur ce tableau. |
Lorsqu'ils ont été obligés de choisir un nom de famille, comme cela a été le cas dans l'Empire Français en 1808, ils ont souvent adopté le prénom de leur père ou éventuellement de leur grand-père. Ceci explique les nombreux MOYSE, SALOMON, MAYER, LION, GOUDCHAUX, NATHAN....
Dans toute l'Europe, on trouve aussi ces prénoms devenus patronymes, comme DAVID, MENDEL, JACOB,......
Dans certains noms d'Afrique du Nord comme BENSOUSSAN ou BOUANICH, on retrouve la façon traditionnelle de nommer, sachant que Ben ou Bou veulent dire "fils de". Mais de nombreux prénoms sont devenus des patronymes, comme SAADA ou MALEK.
Dans les pays slaves, la filiation se marque par le suffixe Vitch ou Vicz. On retrouve donc de nombreux ABRAMOVITCH ou ABRAMOVICZ avec des dizaines de variantes orthographiques. De même SCHMULEWITZ a de très nombreuses variantes. En Roumanie, ces noms ont pris une terminaison en Vici comme ABRAMOVICI et en Lituanie des terminaisons en Vicius comme ABRAMOVICIUS.
Dans les pays germaniques, on trouve de même MENDELSSOHN (=fils de Mendel) ou JACOBSOHN. Mais il ne faut pas oublier que dans les pays protestants, Allemagne, Grande-Bretagne, Etats-Unis... les prénoms bibliques sont très appréciés. De ce fait JACOB et JACOBSON peuvent très bien être des noms portés par des protestants.
| Les Noms de Lieux |
Dans tous les pays et quelle que soit leur religion, les hommes ont été désignés par le nom du pays, de la province, de la ville, du village ou du hameau dont ils provenaient. C'est ainsi que les ancêtres de Messieurs Chirac et Allègre provenaient probablement des villages de Chirac en Lozère (code postal 48100) et d'Allègre en Haute-Loire (code postal 43270).
Comme nous l'avons dit, les juifs étaient souvent conduits à émigrer, soit à cause des persécutions subies, soit pour des raisons économiques. De ce fait, ils portent eux aussi souvent des noms géographiques. Mais avant d'affirmer la judéité d'un nom de ce type, il faut prendre des précautions. Ainsi si l'homme politique tchèque Artur LONDON était bien d'origine juive, l'écrivain américain Jack LONDON ne semble pas l'être. De même, des milliers d'Allemands actuels, dont la famille est originaire de Hamburg, s'appellent HAMBURGER, mais il reste, hélas, bien peu de juifs parmi eux.
en
Lorraine et en Alsace, nous trouvons beaucoup de noms correspondant
à des communautés juives d'Allemagne Occidentale:
COBLENCE, WORMS, SPIRE, FOULD et FULDA (de Fulda), OULMAN et ULLMO
(de Ulm), .BING (de Bingen), BRISAC (de Breisach) et beaucoup d'autres.
Mais on trouve aussi des noms de communes voisines de Metz, tels que
ENNERY ou DENNERY, SILNY ( de Sillegny), MORHANGE, CREHANGE. On rencontre
aussi des noms plus exotiques comme POLAC (de Pologne), REICHER (nom
allemand de Rzeszow). Encore plus intéressants sont les noms
BLOCH et WALLICH, déformations de Welsch, adjectif désignant
en allemand les gens et les pays de langue romane, c'est-à-dire
de France et d'Italie. Ce sont donc vraisemblablement des descendants
de Juifs expulsés de France au XIIIe ou XIVe
siècles et qui sont de retour.
On trouvera beaucoup plus de renseignements sur ces noms lorrains
dans l'ouvrage de Pierre-André MEYER, "La communauté
juive de Metz au XVIIIe siècle", Presses
Universitaires de Nancy, 1993
dans le Comtat Venaissin et à Avignon, on trouve des
noms tels que CAVAILLON, BEAUCAIRE, CARCASSONNE, BEDARRIDES, DIGNE,
DELPUGET (de Puget, 06), LUNEL, MILLAU et bien d'autres. Il s'agit
vraisemblablement de Juifs expulsés de France au Moyen Âge
et de Provence quand elle a été rattachée à
la France. Les Etats du Pape constituaient pour eux une sorte de refuge
acceptable.
Reste une énigme, le nom de CREMIEUX. On ne trouve jamais de
mention du type "Moïse de Crémieux" qui signalerait
qu'il provient du village de Crémieu (Isère). Aussi
certains préfèrent y voir une origine hébraïque
("le jardinier, celui qui s'occupe des arbres")
dans les noms sépharades d'origine espagnole et portugaise, Il est possible de vérifier qu'un bon nombre ont pour origine des villes espagnoles (FONSECA, ALMEIDA, MOLINA..) ou portugaises (PEREIRA, LAMEIRA...)
en Afrique du Nord, on trouve également un bon nombre de noms géographiques tels que COHEN-TANNOUDJI (probablement de Tanger), , DARMON (nom d'une localité algérienne), LEVY-VALENSI (de Valence, Espagne), FASSINA (de Fez), BENSOUSSAN (de Sousse, Tunisie) ...
Les Faux Amis, En dehors de CREMIEUX, qui reste énigmatique, signalons quelques fausses origines géographiques. PICARD n'a rien à voir avec la Picardie, mais vient de BICKERT ou BICKHARDT. LYON n'a aucun rapport avec la Capitale des Gaules, mais avec le Lion de Juda dont nous parlons plus loin. Enfin le nom CAEN ne vient pas de Normandie, mais c'est une des variantes orthographiques de CAHEN. Quant à DREYFUS, la question de son origine reste posée. D'après un article de Denis Ingold (revue du CGJ n°88, pp4-6, 2006), il proviendrait, comme le nom TREVES, de la ville de Troyes en Champagne.
| A propos de Kinui |
Il nous faut parler ici des kinuim (au singulier kinui), une particularité juive très intéressante.
Les noms des douze fils de Jacob sont souvent utilisés comme prénoms juifs. C'est en particulier le cas de Juda (=Yehuda), de Nephtali, d'Issachar et de Benjamin. Or dans la Bible (Genèse 49), Juda est comparé au lion. Pour cette raison, le prénom de Lion est souvent utilisé comme équivalent de Juda, on dit que c'est un kinui de Juda. Dans les actes écrits, la même personne peut signer indifferemment avec le prénom Juda ou le prénom Lion. Ultérieurement, comme nous l'avons dit, ces prénoms deviennent des noms de famille, LION ou LYON en France, LOEWE en Allemagne et peut-être GARION / GOURION en Afrique du Nord.
De même, Nephtali a été comparé à une biche dans la Bible. De ce fait Cerf en Français, Hirsch en Allemand, Zvi en Hébreu sont des kinuim de Nephtali et plus tard on voit apparaître les noms de famille CERF, HIRSCH, HERSCH, HERSCHEL. Il faut toutefois remarquer que les astronomes et musiciens bien connus HERSCHEL n'avaient - sauf erreur - rien de juifs. La forme ZIBI en Afrique du Nord pourrait aussi être un Kinui (Zvi = biche en hébreu).
Comme Issachar a été comparé à un âne, on s'attendrait à voir âne comme kinui de ce prénom. L'âne n'étant pas très apprécié, il a été remplacé par un ours, Dov en Hébreu, Bär ou Baer en Allemand. Les patronymes correspondants sont BAER, BER, BERR, BEHR et aussi BERNHARDT, francisé en BERNARD. On sait que la grande Sarah BERNHARDT était d'origine juive.
Enfin Benjamin a pour kinui le loup. En France, on a parfois transposé ce prénom en Louis, peut-être à cause du nom des rois et il y a des familles juives portant le nom de LOUIS ou LOUY. En Allemagne le prénom correspondant est Wolf et le nom de famille WOLF ou WOLFF est assez répandu.
Une fois de plus, il faut insister sur le fait que beaucoup de ces noms, par exemple BERNARD ou WOLFF existent aussi dans des familles non-juives.
En dehors des quatre kinuim précités, il y a de nombreux autres exemples d'équivalences entre un prénom biblique et un prénom profane, en général une traduction plus ou moins approximative. Citons Eliakim (Dieu affermit) traduit par l'allemand Gottschalk d'où les noms de famille français GOUDCHAUX, GODECHAUX et en Alsace GOETSCHEL. De même Yekoutiel est transposé en Kosman puis dans les noms de famille KAUFFMANN et en français MARCHAND. Menahem (consolateur) a donné l'allemand MENDEL et le français MANUEL.
James
B. Koenig a écrit sur le sujet des Kinuim, des calques et des doublets
un intéressant article qu'on trouvera en
cliquant
ici
Sur
un sujet voisin, notre adhérent Peter Stein nous a communiqué
une tableau d'équivalences de
PRENOMS JUIFS d'Alsace,
Suisse et pays de Bade, avec une page de commentaires.
| Les Noms de Métiers |
Il y a assez peu de noms de métiers spécifiquement juifs qui soient devenus des noms de famille dans les milieux ashkénazes. A Metz, on rencontre HALPHEN (de l'hébreu Chalfon, changeur) et BASSE, nom de chantres. On trouve beaucoup de GOLDSCHMIDT (= orfèvre) et aussi des SILBERSCHMIDT (qui travaillent l'argent). Les SCHMITT (= forgeron) sont assez nombreux mais noyés dans une immense majorité de chrétiens portant ce nom.
Il en est de même des BAUER (=paysan) qu'on est surpris de trouver parfois juifs bien que l'agriculture ait souvent été interdite aux Juifs. Les tailleurs juifs étaient assez nombreux d'où le patronyme SCHNEIDER. Il y a aussi des FISCHER (=pêcheur], des KRAEMER et KREMER (=épicier) et bien d'autres. Mais ces métiers n'étant pas spécifiquement juifs, ces noms de famille ne le sont pas non plus.
En Afrique du Nord, on trouve également des noms de métiers, mais pas nécessairement spécifiques des Juifs, comme BRAMLI (tonnelier), ATTAL (portefaix), ASSAYAG (bijoutier), HADDAD (forgeron), KEMOUN (le cumin et par extension l'épicier)....
| Les Noms arbitrairement donnés |
Dans certains pays, comme l'empire austro-hongrois, on a forcé les Juifs à prendre des noms à consonance germanique, sans vraiment leur laisser le choix. Ces noms arbitraires n'ont aucun rapport ni avec le métier, ni avec les caractéristiques physiques, ni avec l'origine géographique. Nous avons déjà cité les SCHWARZ, WEISS, GROSS, KLEIN, et ROTH. Mais il y a eu aussi des séries de noms formés de deux racines germaniques comme MORGENSTERN, MORGENSTEIN, APFELBAUM, BIRNBAUM, ROSENBERG, ROSENBLUM, ROSENBAUM, WEINBAUM, WEINBERG..... L'orthographe de ces noms varie considérablement, surtout quand ils sont passés par la Pologne ou la Russie.
| Bibliographie |
Si ce bref survol vous a donné envie d'approfondir l'onomastique juive, voici quelques pistes:
Pour les noms ashkénazes, on peut consulter plusieurs ouvrages d'Alexandre BEIDER sur les noms juifs en Pologne et en Russie (cf. le catalogue de notre bibliothèque au nom Beider). L'ouvrage de Pierre-André MEYER cité plus haut est très détaillé sur les noms de Metz.
Pour les noms d'Afrique du Nord, on lira avec profit les ouvrages de Maurice EISENBETH et de Jacques TAÏEB publiés par le CGJ (cf. Rubrique Publications) ainsi que La saga des familles, les juifs du Maroc et leurs noms, de Joseph TOLEDANO.
L’étymologie d’un grand nombre de ces noms est également donnée dans le Guide des patronymes juifs consultable gratuitement dans notre bibliothèque (auteur : Beth Hatefutsoth).
Sur Internet, on peut chercher l'origine d'un nom sur la base de données de Beth Hatefutsoth, qui est payante. On peut regarder toutes les variantes d'un nom juif (surtout ashkenaze) et les références correspondantes sur le CJSI de Avotaynu. Concernant les noms sépharades, au sens large du terme, c'est-à-dire pour l'Afrique du Nord et l'Empire Ottoman, le site de la Fondation Sepharade donne des listes assez variées. Sur sephardim.com, on trouve un grand nombre de noms sépharades et les références correspondantes. Dans JewishGen, Jeff Malka a aussi établi sa liste de noms sépharades.