COLLOQUE du CERCLE DE GENEALOGIE JUIVE
MARSEILLE 18 & 19 novembre 2007


Ce colloque a réuni une cinquantaine de participants, dont une dizaine venus de la Région Parisienne et un certain nombre venus d’autres régions malgré les grèves dans les transports.

Dimanche matin 18 novembre :
Nous avons été reçus au Centre Fleg par Mme Martine Yana, sa directrice qui nous a présenté les principales activités de ce centre, puis Danièle Fareau a exposé le déroulement du colloque

Nous avons ensuite entendu trois exposés sur l’histoire des migrations juives à Marseille.

Mme Renée Dray-Bensousan a détaillé la présence des Juifs à Marseille depuis l’Antiquité. Il y a certes des arrivées légendaires de Juifs à Marseille mais on a des preuves archéologiques à partir du 1er siècle de notre ère en Gaule à Vienne, Lyon, Bordeaux et à Marseille après la destruction du 1er Temple de Jérusalem…. Quand les Juifs ont été expulsés de France en 1394, certains ont afflué vers Marseille, alors en dehors du Royaume. Le rattachement de la Provence à la France en 1481 entraînera une nouvelle expulsion en 1501. Entre temps, Marseille a racheté et recueilli des juifs espagnols expulsés d’Espagne en 1492 : ce fait a été retrouvé dans les Archives qui nous seront présentées aux AD13 et nous est évoqué par Elise Leibowitch avec documents à l’appui.

M. Pierre Echinard nous explique comment les Juifs sont revenus à Marseille par l’édit de Louis XIV en 1669 qui les exemptait de taxe portuaire. Les Etats du Pape continuaient à abriter des Juifs après l’expulsion de Provence. Ils ont pu progressivement commercer avec Marseille et même y séjourner quelques jours. Le Roi appréciait leur rôle commercial mais la population locale et le Parlement d’Aix freinaient leur installation, qui n’a été officiellement acceptée qu’en 1783 par un Acte fondateur de la "Sainte Communauté de Marseille" avec liste des négociants pour l’achat du cimetière Il y avait malgré cela environ 200 juifs à Marseille dont la plupart étaient des Sépharades d’Afrique du Nord, d’Italie et du Comtat avec parmi eux Cohen-Bacri, Gozlan, Cremieux , Constantini qui ont joué des rôles importants … C’est enfin l’enracinement des Juifs avec 447 adultes recensés par le décret de Bayonne qui en 1808 instituait dans l'Empire l'oblogation pour les juifs de porter des noms fixes et héréditaires.

M. Emile Temime s’est intéressé au développement du judaïsme marseillais au XIXe siècle. Marseille est un lieu de passage pour de nombreux transits : arrivées de population et échanges commerciaux avec Bordeaux, Paris, Livourne, le Levant et après 1830 et surtout 1870 avec l’Algérie. De riches familles juives trouvent leur place à Marseille et jouent un rôle dans son développement : les FOA, ALTARAS, MIRES et aussi les PEREIRE parisiens. D’autres militent à gauche comme le communard Gaston CREMIEUX. En 1864, il y a 2500 juifs connus à Marseille. Après 1871 arrivent des Juifs d’Alsace-Lorraine.

Dimanche 18 novembre après-midi :
Après un repas en commun, les participants se répartissent en ateliers. Les deux plus importants en nombre concernent l’Afrique du Nord : Jacob Benzazon et son groupe travaillent sur le Maroc et la Tunisie pendant que Philippe Danan traite de l’Algérie. Des groupes plus modestes s’intéressent à l’Alsace, la Lorraine et la Pologne (Anne Lifshitz-Krams), aux sites généalogiques sur Internet (Georges Graner) et aux archives marseillaises (Elise Leibowitch).

Lundi 19 novembre matin :
Changement de décor. Le rendez-vous est dans le nouveau bâtiment des Archives Départementales Gaston Deferre, 18-20 rue Mirès 13003 Marseille, où nous sommes accueillis par M. François Gasnault, conservateur en chef des AD13. Le thème de la matinée est « Marseille : ville refuge et ville piège ».

En premier lieu, M. Patrick Boulanger, chef du département culturel de la Chambre de Commerce de Marseille (CCM) nous décrit les origines de la CCM, créée en 1599, et explique sa fondation par le commerce avec le Levant et l’Empire Ottoman, où les français disposaient des « capitulations », droits de commerce exclusifs. La CCM était chargée d’attribuer les autorisations pour ce commerce, ses archives contiennent des masses d’archives à ce sujet. Les non-catholiques étant exclus de ce commerce, on ne trouve guère pendant longtemps de traces de commerçants juifs, sauf dans les archives des consuls de Jérusalem, Istanbul ou Seid. A partir du XIXème siècle et au XXème siècle, au contraire, les très nombreux registres de la CCM, détaillés par M. Boulanger, renseignent sur tous les grands commerçants et industriels de la ville, dont un bon nombre de juifs, savonniers, brasseurs, minotiers en particulier ALLATINI, ABRAM, MARX. Dans la période récente, les archives des compagnies maritimes permettent de suivre l’émigration des juifs de Palestine vers l’Amérique.

Mme Renée Dray-Bensousan s’est concentrée sur le sort des juifs à Marseille dans la période 1938-45. Des milliers de juifs allemands ou autrichiens se réfugient d’abord à Marseille, et beaucoup sont internés comme citoyens allemands dès 1939. L’exode de 1940 provoque des arrivées massives de juifs français, belges ou hollandais, réfugiés ou repliés. Marseille est alors une ville refuge.
Mais dès 1942, ce refuge se transforme en piège quand Vichy livre aux nazis les juifs, étrangers d’abord puis français. Les Camps de Gurs et des Milles se vident vers Drancy et la déportation. La conférencière évoque les organismes de sauvetage, Emigration Association (HICEM), association incontournable et le Comité Antifasciste de New York, et cite le nom de Varian FRY, le sauveteur américain qui a pu faire évacuer de Marseille de nombreux intellectuels juifs (details ici.) Elle détaille les filières vers les Etats-Unis via Madrid, Lisbonne ou Casablanca et la filière plus inattendue vers Shanghai.

M. François Gasnault nous explique l’origine des principales archives sur les juifs à Marseille pendant la période de la guerre : recensements ordinaires de 1936 et 1946, déclarations obligatoires des juifs en 1940 et les documents non préfectoraux : réquisitions, spoliations, indemnisations.

Ensuite il nous amène dans la salle de lecture où ont été exposés à notre intention de nombreux documents concernant les Juifs. Celui de 1512 : liste des néophytes, registre notarié de 1493 sur des juifs aragonais capturés et rachetés par des juifs marseillais, affiche officielle du décret de Bayonne de 1808 et beaucoup d’autres comme l’acte fondateur d’achat du cimetière : manuscrit papier (22 Octobre 1783), et des documents pendant la période 40-45 comme les fichiers des internés à l’hôtel Bompart et des dossiers d'enquêtes individuelles .

Nous remercions nos partenaires et nos conférenciers historiens qui nous ont ouvert les portes pour des recherches généalogiques très pointues à Marseille Nous espérons vivement pouvoir recueillir les textes de toutes ces conférences passionnantes et en faire une publication du CGJ.
A lire la thèse de Renée Dray Bensoussan « Les Juifs à Marseille 1940-1944 » Edition Belles Lettres.