Notre adhérent Peter STEIN, de Bâle, a établi un tableau de correspondance entre différents prénoms portés par la même personne, à partir de nombreuses références, données dans les deux dernières colonnes de ce tableau.
L’existence de ces différents prénoms pose en effet de sérieux problèmes au généalogiste.
Présentons quelques exemples, cités par Peter
Stein :
1er exemple : Leb Guggenheim,
fils de Jacob part de Lengnau en Suisse pour s’établir à
Metz comme banquier et y choisit le nom de Lion. Cité
pour lire la Thora dans la synagogue, il y est nommé Jehuda.
Ceci se comprend si on se rappelle la bénédiction de Jacob. (Gén.
49/9) dont nous avons longuement parlé dans la rubrique les
noms juifs.
On remarque aussi que les noms changent parfois d’une génération
à l’autre pour s’assimiler à l’entourage. Ainsi
parmi les ancêtres de Peter Stein :
2ème exemple : Elieser Weil
se déplace de Stühlingen près de la frontière suisse
en Bade à Kippenheim près d’Offenburg. Son descendant se
nomme Lazarus et sera le beau-père de mon arrière-grand-père
Marx Stein. Mon grand-père reçoit à Diersburg le prénom
de Ludwig, qu’il change à Bâle en Louis.
Mais son prénom synagogal est Elieser.
Martin Eylat (cf. infra) écrit, p. 22
« Mais la tendance la plus appuyée pendant la période
post-talmudique fut le choix général et délibéré
de prénoms locaux pour améliorer les relations avec l' environnement
social. Ceci amène l’adoption de deux noms, l’un pour les
relations avec le monde extérieur, connu sous le nom de KINOUY et l’autre
le SCHEM HAKODESCH – le nom saint – pour l’emploi synagogal
et dans tous les documents en hébreu »
Ces synonymes ont attiré depuis longtemps l’intérêt
pour des raisons différentes :
a) Le Conrector du Gymnasium de Francfort sur le
Main, Johann Jacob Schudt (ref. Schudt) a publié en
1517 les « Jüdische Merckwürdigkeiten »
(curiosités juives). A la page 113, on trouve un alinéa
sur la langue judéo-allemande où il constate que Akiba devient
Kife, Ascher devient Anschel, Immanuel devient Maennle et Isac Eissik.
b) Le criminaliste Friedrich Christian
Benedict Avé-Lallemant (ref. Avé) publie en 1858 un exposé
« Das deutsch Gaunertum in seiner
sozialpolitischen, literarischen und linguistischen Ausbildung zu seinem heutigen
Bestande, Verlag Ralph Suchier, Wiesbaden, 1858 insbes. zweiter Teil, S. 43ff
Die Gaunersprachem » [La pègre allemande
dans son développement politico-social, littéraire et linguistique
jusqu'à son état actuel. Ed. Ralph Suchier, Wiesbaden 1858 (seconde
partie p. 43 sqq, La langue du milieu)]. Dans les pages 59/60 il donne
un résumé des synonymes de prénoms juifs.
c) En 1980 Salomon Picard publie
son Répertoire des contrats de mariage
au XVIIIe siècle. Dans l’Introduction
il donne une liste d’équivalences de prénoms (ref. Picard).
Plusieurs auteurs se sont occupés des noms de famille juifs.
Comme beaucoup de noms de familles sont issus des prénoms, ces publications
sont aussi utiles pour la recherche des synonymes des prénoms. Nous citons :
d) Dreifuss, Erwin Manuel, Familiennamen
der Juden unter besonderer Berücksichtigung der Verhältnisse in Baden/D
zu Anfang des 19. Jahrhunderts, [ Noms de famille des Juifs
particulièrement au pays de Bade au début du 19e siècle],
1927.
e) Eylat, Martin (Epstein), Noms de familles juives en Alsace,
1982
f) Guggenheimer, Eva H. und Heinrich, Etymologisches
Lexikon der Jüdischen Familiennamen, [Lexique étymologique
des noms de famille juifs], 1996
g) Peter Stein lui-même a établi
le registre des tombes du cimetière israélite
de Endingen-Lengnau. Pour accomplir ce travail il lui était
nécessaire de comparer les inscriptions sur les tombes du cimetière
avec le registre des juifs des communes de Endingen et de Lengnau. Dans le tableau
ci-joint, le registre d’Endingen est référencé comme
E I avec le n° de page, et celui de Lengnau comme LI et le n° de page.
h) Ensuite des indications complémentaires ont été trouvées
dans les travaux de Naftali Bar Giora Bamberger sur les cimetières
de Gailingen et Schmieheim.
Finalement mentionnons un choix d’ouvrages sur la langue Yddish, qui nous
donnent des informations supplémentaires :
i) Guggenheim, Florence, Surbtaler
Jiddisch, Endingen und Lengnau mit Jiddischen Sprachproben aus Elsass und Baden,
Begleittexte und zwei Sprechplatten des Phonogrammarchivs der Universität
Zürich, [ Le Yddish de la région du Surbtal,
d’ Endingen et de Lengnau avec des échantillons du yddish d’Alsace
et de Bade, des textes d’accompagnements et deux enregistrements des archives
orales de l’Université de Zürich]1966
j) Landmann, Salcia, Jiddisch
[Le Yddish]
k) Zivy, Arthur, Elsässer
Jiddisch, [Le Yddish alsacien]1960
l) Maajan-die Quelle, revue de l’association Suisse de
Généalogie Juive, Schweizerische Vereinigung für Jüdische
Genealogie
m) A.A. Fraenckel, Mémoire
Juive en Alsace, Contrats de mariages juifs au XVIIIe siècle,
(éd. du Cédrat, Strasbourg 1997)
n) Paul Assal l: Zwischen den
Welten, die sich verneinen -Juden im Elsass, in Alemannisches Judentum, Spuren
einer verlorenen Kultur, [Entre les mondes qui se nient,
Les Juifs en Alsace, dans "le judaïsme alemanique.. Vestiges
d’une culture perdue"]. Manfred Bosch, éditeur, Eggingen
2001, p. 24 ss
o) Dr. Zunz, Namen der Juden,
Eine geschichtliche Untersuchung,[Les noms des Juifs. Une
analyse historique] Leipzig 1837
Les solutions trouvées
sont quelquefois ambiguës. Quelques exemples cités par Peter
Stein :
- Marx est généralement utilisé pour Mordechai, Mardochée.
Mais sur la tombe de mon arrière-grand-père Marx Stein se trouve
inscrit Meir Seif, le nom synagogal que portait aussi mon père Max Stein.
- Seligman est remplacé par :
Baruch chez Eylat (p.82), Salomon Bollag à Endingen (registre p. 267=
Seligman, tombe 3-22= Salomon) et aussi dans Picard), Reuben chez Picard.
On a plus de peine à trouver ces équivalences
pour les prénoms féminins. On pourra utiliser
avec profit les relevés de prises de nom de 1808 de Pierre Katz
(cf. rubrique publications) ainsi
que les travaux de Rosanne et Daniel Leeson, Index
de mémoire juive en Alsace, qui contient un index par
prénoms très utile (cf. rubrique
publications).
Dans le tableau ci-joint ,
les trois premières colonnes donnent les prénoms dans l’ordre
alphabétique, hébreu, allemand, dialecte et des variations de
ces noms ; la quatrième colonne donne les noms en français,
les deux dernières les références, où on peut vérifier
les indications.
N.B. Dans ce tableau, Peter Stein utilise plutôt l'orthographe germanique, en particulier J, là où nous utilisons Y. Par exemple Judel au lieu de Yudel.