Le XXXIIe Colloque de la Société d’Histoire des
Israélites d’Alsace et de Lorraine
Il s’est tenu à Strasbourg les 6 et 7 mars 2010, avec Jean
DALTROFF comme coordinateur. Quelques membres de notre cercle y
ont participé.
Freddy RAPHAËL, président de la société, modérateur, commence par
regretter l’absence de Günther Boll, qui ne peut plus se déplacer, et
de Pascal Faustini, en mauvaise santé. Georges WEILL, parle
d’ «
espaces réels et espaces
imaginaires chez les Juifs d’Alsace », leurs réactions de survie, leurs
caractéristiques, leurs voyages à travers le temps et l’espace,
jusqu’au départ forcé des juifs allemands en 1919.
Claire DECOMPS, organisatrice de la superbe exposition sur les Juifs de
Lorraine tenue à Nancy l’été dernier, expose quel fut son projet,
évoque certaines personnalités, et montre «
quelques pièces significatives »
découvertes à cette occasion.
Eliane ROOS SCHUHL se demande «
Les
Judengassen(rues des Juifs) en Alsace étaient-elles des
ghettos ? » et démontre, par l’exemple de
l’implantation des premières familles juives, dans quatre Judenhoffen
(cours des Juifs) distincts, à Westhouse au début de la période
française, qu’il n’en fut rien.
Pascale CAMUS WALTER étudie «
La
destruction de la communauté juive de Strasbourg 1349. Peste noire ou
peste brune ? » avec plans, images, récits effrayants et
continuité des tentatives de négation et d’effacement jusqu’à nos
jours…
Jean-Camille BLOCH rend compte de l’«
histoire
et [de] personnalités des Juifs de Durmenach ainsi que [de] la
journée de commémoration du 8 novembre 2009 » (qui fut aussi
une rencontre familiale élargie), avec l’exposé de Sabine
DREXLER-LACOTTE, première adjointe de la ville : «
Le bilan des activités pédagogiques de
Durmenach ». Ils mettent en lumière le rôle actuel de la
commune pour faire connaître les persécutions dont furent victimes
juifs et tziganes de la région pendant l’Occupation allemande : un
exemple à suivre
(cf. :
http://judaisme.sdv.fr/synagog/hautrhin/a-f/durmenac/souvenir.htm). les
personnages liés à Durmenach furent cités les Hauser, Aron Meyer, maire
au moment du pogrome de 1848, Jules Adler, « peintre des
humbles », les frères Boneff, journalistes, Georges Huisman,
créateur du Festival de Cannes, François Jacob, prix Nobel de médecine,
Gilles Bernheim, grand rabbin de France actuel etc.
Jean DALTROFF traite de «
la vie économiquedes Juifs de
Strasbourg sous le Premier Empire », leurs métiers divers, depuis le
marchand épicier, les «
hommes de lettres », un marchand de
ferraille du nom de Schillio, ancêtre des facteurs de piano, des
militaires, jusqu’à la famille Ratisbonne, grands négociants.
Simon SCHWARZFUCHS traduit «
Un texte yiddisch, le Sendschreiben des
grands rabbins Jacob Meyer et Naphtali Hirsch Katzenellenbogen,
circulaire adressée aux communautés juives d’Alsace » en 1822, qui
fustige la mauvaise conduite de certaines de leurs ouailles (rixes,
ébriété, désordres dans les synagogues…).
Exotisme : Akiko KAWASAKI, venue se former à Strasbourg, détient
une chaire de maître de conférences à Tokyo où – surprise – l’on
s’intéresse à «
La société juive d’Alsace après l’émancipation :
le modèle du Bas-Rhin (1791-1870) » !
Avraham MALTHETHE présente «
de précieux témoins de la vie
juive : les Mohelbücher », registres de circoncisions,
souvent découverts à l’intérieur de livres en hébreu, l’un, hollandais,
un autre de Nancy et Toul retrouvé à la bibliothèque du Havre, un
autre, dû aux Blum, père et fils de Bischheim, et un autre, parisien.
L’intervenant a, avec patience, identifié non seulement les bébés mais
aussi quelques-uns des adultes circoncis.
Jean-Pierre LAMBERT, après une description de stèles et une évocation
de certaines familles, telle celle des Adler Oppenheimer, Allemands qui
ont tenu à se faire enterrer à Strasbourg, s’inquiète pour le piteux
état des «
tombes du cimetière israélite de Koenigshoffen : un
patrimoine à défendre et à préserver » et propose des remèdes … coûteux.
Pour terminer, avant la conclusion de Freddy RAPHAËL, qui déplore
l’abandon progressif du patrimoine synagogal, Pierre SCHILLI retrace
avec émotion «
L’itinéraire d’Henri Schilli (1906-1975) », dit
«
le rabbin de tous », et notamment son action d’aide dans
les camps du sud de la France pendant la Guerre et ses bonnes relations
avec curés et pasteurs pour organiser des passages vers la Suisse.
Eliane Roos