Sortie du groupe Alsace
Une sortie a eu lieu dimanche 21 mai 2006. La rencontre a permis de préciser
certains points et d'indiquer quelques directions de recherche, notamment en
Haute-Alsace (Mackenheim, Soultzmatt). Une prochaine réunion est envisagée
dans les locaux du CGJ le mercredi 18 octobre à 17h.
Nous nous sommes retrouvés à la Petite Alsace
dans le XIIIe parisien, au bord de l'ancien lit de la Bièvre,
sur les pentes de la Butte aux Cailles. En référence à
la province perdue, l'architecte Jean Walter eut l'idée
en 1912 de conférer un style pseudo-alsacien à ces maisons mitoyennes
destinées à loger des familles de douze enfants... autour d'une
cour arborée. Voir la photo
de la sortie.
Jean Walter (1887-1957), né à Montbéliard d'une mère
mulhousienne, fut aussi un industriel, qui fonda les mines de Zellidja au Maroc
et, mécène, créa les bourses de voyage du même nom.
Amateur de tableaux, sa collection rejoignit au Musée de l'Orangerie
celle de Paul Guillaume, premier mari de sa femme, Juliette Lacaze dite Domenica.
Jean Walter conçut les plans des logements locatifs de la Petite Alsace
ainsi que d'une partie des pavillons « bourgeois » de la Cité
Daviel de l'autre côté de la rue. Le commanditaire en était
la Société l'Habitation familiale .
Il s'agit d'une émanation de l'association d'entraide sociale du Moulin
Vert créée en 1902, et de sa branche d'habitations à
bon marché fondée en 1911. Le nom du Moulin Vert est
lié à l'abbé Viollet, l'un des rares prêtres catholiques
dreyfusards. Son père, Paul Viollet, chartiste, professeur d'histoire
du droit et de droit canon, avait été en 1898 l'un des créateurs
de la Ligue des Droits de l'Homme (précisions de Bernard Lyon-Caen).
A l'époque, les actions en faveur d'une aide de l'Etat aux familles nombreuses
nécessiteuses aboutissent en 1894 au vote de la loi Siegfried sur les
H.B.M. (Jules Siegfried, né à Mulhouse, maire du Havre en 1872,
ministre), renforcée par la loi Strauss de 1906 (du journaliste et sénateur
Paul Strauss, 1852-1942, de souche à demi alsacienne), puis celle du
14 juillet 1913 sur l'assistance à ces familles.
Le nom des rues avoisinantes reflète le passé du quartier, rues
du Moulin des Prés, des Peupliers, des Tanneries, de la Glacière
etc. Voici, pour terminer, un témoignage nostalgique contemporain : «
aussi la Bièvre, avec son attitude désespérée
et son air réfléchi de ceux qui souffrent, me charme-t-elle plus
que toute autre et je déplore comme un suprême attentat le culbutement
de ses ravines et de ses arbres (...) Cette vue mélancolisante d'un puits
artésien et de la Butte aux Cailles, ces lointains (...) vont faire place
aux joies bêtes, aux banals galas des maisons neuves ! » (Huysmans,
Croquis parisiens, « la Bièvre », 1913).
Eliane Roos Schuhl et Bernard Lyon-Caen