Pour
commencer, nous croyons devoir reprendre le paragraphe qui figure dans
la Rubrique "Questions-Réponses" :
Ce paragraphe demande quelques nuances et
précisions.
Certains noms peuvent être considérés
comme juifs
avec une quasi-certitude. Ce sont essentiellement COHEN
et LEVY et leurs variantes.
On sait que les Cohanim étaient les
prêtres et que
cette fonction se transmettait à la descendance
mâle.
Comme l'hébreu ne note pas les voyelles, chaque pays, chaque
région a créé sa forme
particulière de ce
nom de famille. On trouve en France des COHEN, des CAHEN, CAEN, CAIN,
mais aussi des COHN, KOHN, KAHN, KANN, KAHANE. En Russie, comme le H se
prononce G, on trouve des KAGAN (et bien sûr le
dérivé KAGANOVITCH) d'où des KOGAN et
des COGAN.
Dans certains cas, y compris en Alsace, Cohen ou Kahn a
été remplacé par Katz., acronyme de
Kohen tsedek,
"prêtre de justice"
Pour les LEVY ou LEVI, on sait qu'il s'agit des serviteurs des prêtres, mais ce nom n'existe pas dans tous les pays d'une manière aussi répandue que les COHEN et il y a des pays (comme la Tunisie) où ce nom est rare. Dans un article récent de notre revue (Revue du CGJ, n° 76, Octobre 2003, p.8), on montre qu'il y a une famille MICHEL-LEVY, dans un village du Haut-Jura, famille catholique depuis au moins 4 siècles. Son nom proviendrait d'un sobriquet. Cette amusante exception ne doit pas faire illusion, LEVY est bien un nom juif. Dans certains pays germaniques, il est parfois écrit LOEWY ou LÖWY, encore qu'on puisse se demander s'il ne s'agit pas d'une variante de LOEWE (=Lion). Enfin, une des hypothèses, parmi d'autres, sur l'origine du nom WEIL est qu'il est l'anagramme de LEVI. Notez que LEVI est parfois remplacé par SEGAL qui est l'abréviation de segan levijeh = prince des lévites.
A l' opposé du spectre des noms, on trouve ceux qui sont très courants parmi les non-juifs et existent quand même chez les juifs. Les exemples sont nombreux :
Penchons nous maintenant sur les noms plus spécifiquement juifs.
Pendant très longtemps, en dehors des Cohen et des Lévy, les Juifs ne portaient pas de noms de famille et se désignaient par le prénom de leur père et éventuellement de leur grand-père, dans le style Moïse fils d'Abraham fils de Moïse.
A propos de prénoms, cliquez ici pour un tableau de Peter STEIN sur les équivalences entre prénoms juifs et ici pour les commentaires sur ce tableau.
Lorsqu'ils ont été obligés de choisir un nom de famille, comme cela a été le cas dans l'Empire Français en 1808, ils ont souvent adopté le prénom de leur père ou éventuellement de leur grand-père. Ceci explique les nombreux MOYSE, SALOMON, MAYER, LION, GOUDCHAUX, NATHAN....
Dans toute l'Europe, on trouve aussi ces prénoms devenus patronymes, comme DAVID, MENDEL, JACOB,......
Dans certains noms d'Afrique du Nord comme BENSOUSSAN ou BOUANICH, on retrouve la façon traditionnelle de nommer, sachant que Ben ou Bou veulent dire "fils de". Mais de nombreux prénoms sont devenus des patronymes, comme SAADA ou MALEK.
Dans les pays slaves, la filiation se marque par le suffixe Vitch ou Vicz. On retrouve donc de nombreux ABRAMOVITCH ou ABRAMOVICZ avec des dizaines de variantes orthographiques. De même SCHMULEWITZ a de très nombreuses variantes. En Roumanie, ces noms ont pris une terminaison en Vici comme ABRAMOVICI et en Lituanie des terminaisons en Vicius comme ABRAMOVICIUS.
Dans les pays germaniques, on trouve de même MENDELSSOHN (=fils de Mendel) ou JACOBSOHN. Mais il ne faut pas oublier que dans les pays protestants, Allemagne, Grande-Bretagne, Etats-Unis... les prénoms bibliques sont très appréciés. De ce fait JACOB et JACOBSON peuvent très bien être des noms portés par des protestants.
Dans tous les pays et quelle que soit leur religion, les hommes ont été désignés par le nom du pays, de la province, de la ville, du village ou du hameau dont ils provenaient. C'est ainsi que les ancêtres de Messieurs Chirac et Allègre provenaient probablement des villages de Chirac en Lozère (code postal 48100) et d'Allègre en Haute-Loire (code postal 43270).
Comme nous l'avons dit, les juifs étaient souvent conduits à émigrer, soit à cause des persécutions subies, soit pour des raisons économiques. De ce fait, ils portent eux aussi souvent des noms géographiques. Mais avant d'affirmer la judéité d'un nom de ce type, il faut prendre des précautions. Ainsi si l'homme politique tchèque Artur LONDON était bien d'origine juive, l'écrivain américain Jack LONDON ne semble pas l'être. De même, des milliers d'Allemands actuels, dont la famille est originaire de Hamburg, s'appellent HAMBURGER, mais il reste, hélas, bien peu de juifs parmi eux.
Les Faux Amis, En dehors de CREMIEUX, qui reste énigmatique, signalons quelques fausses origines géographiques. PICARD n'a rien à voir avec la Picardie, mais vient de BICKERT ou BICKHARDT. LYON n'a aucun rapport avec la Capitale des Gaules, mais avec le Lion de Juda dont nous parlons plus loin. Enfin le nom CAEN ne vient pas de Normandie, mais c'est une des variantes orthographiques de CAHEN. Quant à DREYFUS, la question de son origine reste posée. D'après un article de Denis Ingold (revue du CGJ n°88, pp4-6, 2006), il proviendrait, comme le nom TREVES, de la ville de Troyes en Champagne.
Il nous faut parler ici des kinuim (au singulier kinui), une particularité juive très intéressante.
Les noms des douze fils de Jacob sont souvent utilisés comme prénoms juifs. C'est en particulier le cas de Juda (=Yehuda), de Nephtali, d'Issachar et de Benjamin. Or dans la Bible (Genèse 49), Juda est comparé au lion. Pour cette raison, le prénom de Lion est souvent utilisé comme équivalent de Juda, on dit que c'est un kinui de Juda. Dans les actes écrits, la même personne peut signer indifferemment avec le prénom Juda ou le prénom Lion. Ultérieurement, comme nous l'avons dit, ces prénoms deviennent des noms de famille, LION ou LYON en France, LOEWE en Allemagne et peut-être GARION / GOURION en Afrique du Nord.
De même, Nephtali a été comparé à une biche dans la Bible. De ce fait Cerf en Français, Hirsch en Allemand, Zvi en Hébreu sont des kinuim de Nephtali et plus tard on voit apparaître les noms de famille CERF, HIRSCH, HERSCH, HERSCHEL. Il faut toutefois remarquer que les astronomes et musiciens bien connus HERSCHEL n'avaient - sauf erreur - rien de juifs. La forme ZIBI en Afrique du Nord pourrait aussi être un Kinui (Zvi = biche en hébreu).
Comme Issachar a été comparé à un âne, on s'attendrait à voir âne comme kinui de ce prénom. L'âne n'étant pas très apprécié, il a été remplacé par unours , Dov en Hébreu, Bär ou Baer en Allemand. Les patronymes correspondants sont BAER, BER, BERR, BEHR et aussi BERNHARDT, francisé en BERNARD. On sait que la grande Sarah BERNHARDT était d'origine juive.
Enfin Benjamin a pour kinui le loup. En France, on a parfois transposé ce prénom en Louis, peut-être à cause du nom des rois et il y a des familles juives portant le nom de LOUIS ou LOUY. En Allemagne le prénom correspondant est Wolf et le nom de famille WOLF ou WOLFF est assez répandu.
Une fois de plus, il faut insister sur le fait que beaucoup de ces noms, par exemple BERNARD ou WOLFF existent aussi dans des familles non-juives.
En dehors des quatre kinuim précités, il y a de nombreux autres exemples d'équivalences entre un prénom biblique et un prénom profane, en général une traduction plus ou moins approximative. Citons Eliakim (Dieu affermit) traduit par l'allemand Gottschalk d'où les noms de famille français GOUDCHAUX, GODECHAUX et en Alsace GOETSCHEL. De même Yekoutiel est transposé en Kosman puis dans les noms de famille KAUFFMANN et en français MARCHAND. Menahem (consolateur) a donné l'allemand MENDEL et le français MANUEL.
James
B. Koenig a
écrit sur le sujet des Kinuim, des calques et des doublets
un
intéressant article qu'on trouvera en cliquant ici
Sur un sujet voisin, notre adhérent Peter Stein nous a communiqué une tableau d'équivalences de PRENOMS JUIFS d'Alsace, Suisse et pays de Bade, avec une page de commentaires.
Il y a assez peu de noms de métiers spécifiquement juifs qui soient devenus des noms de famille dans les milieux ashkénazes. A Metz, on rencontre HALPHEN (de l'hébreuChalfon , changeur) et BASSE, nom de chantres. On trouve beaucoup de GOLDSCHMIDT (= orfèvre) et aussi des SILBERSCHMIDT (qui travaillent l'argent). Les SCHMITT (=forgeron) sont assez nombreux mais noyés dans une immense majorité de chrétiens portant ce nom.
Il en est de même des BAUER (=paysan) qu'on est surpris de trouver parfois juifs bien que l'agriculture ait souvent été interdite aux Juifs. Les tailleurs juifs étaient assez nombreux d'où le patronyme SCHNEIDER. Il y a aussi des FISCHER (=pêcheur], des KRAEMER et KREMER (=épicier) et bien d'autres. Mais ces métiers n'étant pas spécifiquement juifs, ces noms de famille ne le sont pas non plus.
En Afrique du Nord, on trouve également des noms de métiers, mais pas nécessairement spécifiques des Juifs, comme BRAMLI (tonnelier), ATTAL (portefaix), ASSAYAG (bijoutier), HADDAD (forgeron), KEMOUN (le cumin et par extension l'épicier)....
Dans certains pays, comme l'empire austro-hongrois, on a forcé les Juifs à prendre des noms à consonance germanique, sans vraiment leur laisser le choix. Ces noms arbitraires n'ont aucun rapport ni avec le métier, ni avec les caractéristiques physiques, ni avec l'origine géographique. Nous avons déjà cité les SCHWARZ, WEISS, GROSS, KLEIN, et ROTH. Mais il y a eu aussi des séries de noms formés de deux racines germaniques comme MORGENSTERN, MORGENSTEIN, APFELBAUM, BIRNBAUM, ROSENBERG, ROSENBLUM, ROSENBAUM, WEINBAUM, WEINBERG..... L'orthographe de ces noms varie considérablement, surtout quand ils sont passés par la Pologne ou la Russie.
Si ce bref survol vous a donné envie d'approfondir l'onomastique juive, voici quelques pistes:
Pour les noms ashkénazes, on peut consulter plusieurs ouvrages d'Alexandre BEIDER sur les noms juifs en Pologne et en Russie (cf. le catalogue de notre bibliothèque au nom Beider). L'ouvrage de Pierre-André MEYER cité plus haut est très détaillé sur les noms de Metz.
Pour les noms d'Afrique du Nord, on lira avec profit les ouvrages de Maurice EISENBETH et de Jacques TAÏEB publiés par le CGJ (cf. RubriquePublications) ainsi que La saga des familles, les juifs du Maroc et leurs noms, de Joseph TOLEDANO.
L’étymologie d’un grand nombre de ces noms est également donnée dans le Guide des patronymes juifs consultable gratuitement dans notre bibliothèque (auteur : Beth Hatefutsoth).
Sur Internet, on peut chercher l'origine d'un nom sur la base de données de Beth Hatefutsoth, qui est payante. On peut regarder toutes les variantes d'un nom juif (surtout ashkenaze) et les références correspondantes sur le CJSI de Avotaynu. Concernant les noms sépharades, au sens large du terme, c'est-à-dire pour l'Afrique du Nord et l'Empire Ottoman, le site de la Fondation Sepharade donne des listes assez variées. Sur sephardim.com, on trouve un grand nombre de noms sépharades et les références correspondantes. Dans JewishGen, Jeff Malka a aussi établi sa liste de noms sépharades.